C. TECHNOLOGIES D'ACCÈS À INTERNET

La technologie d'accès conditionne le débit disponible, la latence et la fiabilité de la connexion Internet. Le choix dépend principalement de la localisation géographique et de l'infrastructure disponible.

1. ADSL — Asymmetric Digital Subscriber Line

L'ADSL (Asymmetric Digital Subscriber Line) a été la technologie d'accès haut débit dominante en France de 2000 à 2015. Elle utilise la paire de cuivre téléphonique existante (boucle locale) pour transporter les données à haut débit, en exploitant la bande de fréquences supérieure à celle utilisée par la voix (0–4 kHz).

L'ADSL est une technologie de transmission (couche physique) qui doit être complétée par des protocoles de transport des données (paquets IP ou cellules ATM). La bande passante de la paire de cuivre est divisée en trois canaux :

·    Canal descendant (downstream) : occupe le haut de la bande (jusqu'à 1,1 MHz) à débit élevé (jusqu'à 8 Mbps pour ADSL, 24 Mbps pour ADSL2+).

·    Canal montant (upstream) : bande intermédiaire (25–138 kHz) à débit moyen (512 kbps à 1 Mbps).

·    Canal voix : bande basse (0–4 kHz) pour la téléphonie analogique standard (POTS).

Débit downstream

Distance abonné / NRA

1,5 Mbps

6 km

2 Mbps

5 km

6 Mbps

4 km

9 Mbps

3 km

13 Mbps

1,5 km

26 Mbps

1 km

52 Mbps

300 m

2. ADSL2+ et évolutions

Fig. 5 — Comparaison ADSL / ADSL2+ / RE-ADSL : débit en fonction de la distance

L'ADSL2+ double la bande passante utilisée (spectre jusqu'à 2,2 MHz au lieu de 1,1 MHz), portant le débit descendant maximal à 24 Mbps pour les abonnés proches du central, au prix d'une portée légèrement réduite. Le RE-ADSL (Reach Extended ADSL) améliore la portée en zones rurales éloignées au détriment du débit maximal.

⚠ ADSL — en voie d'extinction

En France, l'ADSL est progressivement fermé dans les zones couvertes par la fibre optique (FTTH). Orange a annoncé l'arrêt du réseau cuivre entre 2025 et 2030 selon les communes, au profit du FTTH. Les abonnés ADSL dans les zones non encore fibrées bénéficient du VDSL2 (jusqu'à 100 Mbps) si la ligne est courte.

3. Fibre optique — FTTH/FTTB

Fig. 6 — Architecture des réseaux d'accès fibre : FTTH, FTTB, FTTN

Le déploiement des réseaux d'accès à très haut débit consiste à rapprocher la fibre optique de l'abonné (FTTx — Fiber to the x) :

n  FTTH (Fiber to the Home) : la fibre est amenée directement jusqu'au logement de l'abonné. Solution offrant les meilleures performances (1 à 10 Gbps). C'est le choix retenu en France après concertation entre opérateurs.

n  FTTB (Fiber to the Building) : la fibre arrive en pied d'immeuble, la partie terminale restant une paire de cuivre (VDSL2). Débit jusqu'à 300 Mbps.

n  FTTN/FTTC (Fiber to the Node/Cabinet) : la fibre arrive au sous-répartiteur de quartier, la partie terminale (quelques centaines de mètres) restant en cuivre avec VDSL2.

n  FTTO (Fiber to the Office) : fibre dédiée jusqu'aux locaux professionnels, avec garantie de débit et SLA (Service Level Agreement).

a) Technologies PON (réseau d'accès passif)

En France, c'est la technologie PON (Passive Optical Network) qui est utilisée par les opérateurs. La bande passante d'une fibre est partagée entre plusieurs abonnés (32 ou 64) grâce à des coupleurs optiques passifs (sans alimentation électrique).

Plusieurs normes PON sont disponibles :

Norme

Abonnés / fibre

Débit descendant

Débit montant

GPON (ITU-T G.984)

64

2,5 Gbps

1,2 Gbps

10G-EPON (IEEE 802.3av)

32

10 Gbps

1,2 Gbps

XGS-PON (ITU-T G.9807)

64

10 Gbps

10 Gbps (symétrique)

50G-PON (émergent)

64

50 Gbps

50 Gbps

ℹ XGS-PON et symétrie

Le XGS-PON (XGS = 10 Gigabit-capable Symmetric) permet d'avoir des flux montants et descendants symétriques à 10 Gbps sur la même fibre. C'est la norme déployée par les opérateurs français depuis 2022 pour les nouvelles installations. Les offres commerciales « fibre 8 Gbps » ou « fibre 2 Gbps » correspondent à des accès XGS-PON avec débits garantis partiels.

4. Connexion par satellite

La connexion par satellite est utilisée dans les zones sans infrastructure terrestre (zones blanches rurales, maritime, aviation).

Deux générations coexistent :

n  Satellites géostationnaires (GEO) : en orbite à 36 000 km (Eutelsat, SES, Viasat). Débit de 50 à 100 Mbps, mais latence élevée (~600 ms aller-retour) incompatible avec les jeux en ligne et certaines applications temps réel.

n  Satellites en orbite basse (LEO) : constellations à 500–600 km d'altitude (Starlink/SpaceX : >6 000 satellites, OneWeb, Amazon Kuiper). Débit de 50 à 500 Mbps, latence faible (20–40 ms), couverture mondiale. Starlink déployé en France depuis 2021, particulièrement adapté aux zones rurales non fibrées.

Starlink et la révolution des satellites LEO

La constellation Starlink (SpaceX) a radicalement changé l'équation du satellite : avec plus de 6 000 satellites en orbite basse, elle offre une couverture mondiale avec des performances proches de l'ADSL (50–500 Mbps, latence 20–40 ms). En France, Starlink est éligible à des dispositifs de financement pour les zones sans couverture haut débit. Les prochaines générations (Starlink V2, avec lasers inter-satellites) visent des débits de 1–10 Gbps.

5. Connexion mobile 4G/5G

Les réseaux mobiles 4G LTE (depuis 2012 en France) et 5G NR (depuis 2020) offrent des connexions Internet haut débit sans fil, utilisables comme accès principal (forfait data illimité + routeur 4G/5G) ou comme solution de secours. Débits typiques : 4G 20–150 Mbps, 5G sub-6 GHz 100 Mbps–1 Gbps, 5G mmWave jusqu'à 10 Gbps. La couverture 4G couvre plus de 99% de la population française (obligations de couverture ARCEP).

Modifié le: vendredi 20 mars 2026, 10:27